Condamnation historique
Le 14 mai 2025, la cour d’appel de Nouakchott a alourdi la peine de l’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (2009-2019), le condamnant à 15 ans de prison ferme pour enrichissement illicite, détournement de fonds publics et blanchiment d’argent. Le verdict confirme également la confiscation de ses biens et sa déchéance de droits civiques, marquant un tournant dans la lutte contre l’impunité des élites politiques en Mauritanie ,.
Les chefs d’accusation
L’ex-chef d’État était poursuivi pour un système de corruption sophistiqué incluant :
Des détournements massifs : 96 millions d’euros de fonds publics dissipés selon le rapport parlementaire de 2020, notamment via des cessions frauduleuses de terrains publics (comme l’école de police transformée en centre commercial ,
Des abus de pouvoir : Utilisation de proches (dont son gendre) pour blanchir des fonds, comme les 18,7 millions d’euros remis à l’homme d’affaires Brahim Ould Ghadda ,
Des irrégularités dans les marchés publics, révélées par une commission parlementaire de 800 pages .
Un procès politique ?
Aziz, qui clame son innocence depuis son inculpation en 2021, dénonce un règlement de comptes orchestré par son successeur et ancien allié, Mohamed Ould Ghazouani. Les deux hommes, autrefois complices lors des coups d’État de 2005 et 2008, ont vu leur relation se dégrader après la passation de pouvoir en 2019. Ghazouani, soucieux d’affirmer son indépendance, aurait instrumentalisé la justice pour éliminer son rival ,
Réactions et enjeux
La défense dénonce une violation de l’immunité présidentielle (article 93 de la Constitution) et l’absence de preuves tangibles, qualifiant le procès de « farce judiciaire »
Les partisans de la bonne gouvernance saluent un précédent historique dans un pays où la corruption était systémique. La condamnation d’un ex-président pourrait dissuader les futures élites
Les limites du système : Malgré cette avancée, des réformes anti-corruption récentes excluent paradoxalement les députés des obligations de déclaration de patrimoine, révélant des lacunes persistantes
Un symbole des fractures politiques
L’affaire Aziz illustre les tensions au sein de l’establishment mauritanien, entre volonté de réforme et survivance des réseaux clientélistes. Elle pose aussi la question de l’équilibre entre justice et instrumentalisation politique dans un pays où les transitions de pouvoir restent fragiles
Si le verdict renforce l’image d’une Mauritanie engagée contre la corruption, son impact dépendra de l’application uniforme des lois – au-delà des rivalités personnelles. Le procès Aziz, entre justice et calcul politique, pourrait devenir un cas d’école pour la région sahélienne.
Yankhouba Thiam
