Le président sénégalais a prononcé un discours engagé lors de la 80ème Assemblée générale des Nations Unies, appelant à des réformes profondes de l’organisation internationale.
Devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a livré mercredi un réquisitoire sans concession contre l’état actuel du monde, dénonçant « la déshumanisation désolante d’un monde guidé par une émotion sélective » et appelant à une refondation du multilatéralisme.
Un constat alarmant sur l’état du monde
Quatre-vingts ans après la création de l’ONU, le chef d’État sénégalais dresse un bilan préoccupant : « Le monde semble à nouveau rattrapé par les dérives qui ont mené l’humanité à deux catastrophes majeures en l’espace d’une génération. » Expansion du terrorisme, dérèglement climatique, crise économique et recul de la solidarité internationale constituent selon lui les nouveaux défis auxquels fait face l’humanité.
Le président Faye pointe particulièrement du doigt ce qu’il qualifie de « loi du plus fort » et de « deux poids deux mesures » qui régissent désormais l’ordre international, empêchant toute justice véritable fondée sur le droit.
L’Afrique au cœur des préoccupations
S’agissant du continent africain, le Président Bassirou Diomaye Faye insiste sur la nécessité d’une approche intégrée face aux défis sécuritaires. « La paix et la sécurité ont un prix », martèle-t-il, réclamant un financement prévisible des opérations de maintien de la paix en Afrique, avec des équipements adéquats et des mandats renforcés.
Le président sénégalais renouvelle par ailleurs la solidarité de son pays envers les nations engagées dans la lutte contre le terrorisme, particulièrement au Sahel.
Un plaidoyer ferme pour la Palestine
Dans la partie la plus émouvante de son intervention, le président Faye, rappelant que le Sénégal préside le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, livre un témoignage poignant sur la situation à Gaza : « Gaza ne vit plus. Gaza, terre de sang, est devenue un enfer pour des millions d’âmes de tous âges, piégées dans une prison à ciel ouvert. »
Il réitère la position sénégalaise selon laquelle seule la création d’un État palestinien indépendant et viable pourra apporter une paix durable, dans des frontières sûres et internationalement reconnues.
Urgence climatique et justice sociale
Sur le front climatique, le président sénégalais rappelle l’injustice fondamentale que représente le réchauffement climatique pour l’Afrique : le continent ne contribue qu’à moins de 4% des émissions mondiales mais subit de plein fouet les conséquences du dérèglement. « Une double peine devenue insoutenable », selon ses mots.
Il plaide pour une transition climatique « juste et équitable » et appelle à des financements conséquents pour l’adaptation, ainsi qu’à une simplification de l’accès aux fonds climatiques.
Appel à la réforme des institutions internationales
Le cœur du message de Bassirou Diomaye Faye porte sur la nécessaire réforme de la gouvernance mondiale. Rappelant que les États membres de l’ONU sont passés de 51 en 1945 à 193 aujourd’hui, il estime qu’il est temps que cette évolution se reflète dans les instances de décision.
Le Sénégal réaffirme son soutien au consensus africain pour une représentation plus équitable de l’Afrique au Conseil de sécurité. Le président appelle également à l’instauration d’une gouvernance économique et financière mondiale plus juste, avec notamment un cadre fiscal mondial équitable.
Un message d’espoir malgré les crises
Malgré ce constat sévère, le président sénégalais conclut sur une note d’espoir : « Le monde dispose des moyens nécessaires pour nourrir ceux qui ont faim, éduquer nos enfants, soigner les malades et faire taire les armes. » Le véritable obstacle, selon lui, réside dans la volonté politique de faire du multilatéralisme un instrument de solidarité collective.
Le Président Bassirou Diomaye Faye appelle à faire de ce 80ème anniversaire des Nations Unies « non pas le constat d’un ordre épuisé, mais le point de départ d’un nouvel espoir ». Le Sénégal, réaffirme-t-il, reste « prêt à jeter des ponts, prêt à porter les réformes » pour œuvrer à la construction d’un monde de paix, de justice et de solidarité.
Par Médoune SAKHO
Chargé de projet | Expert en gouvernance locale, égalité de genre & sécurité humaine | Certifié en leadership et développement communautaire et en VSS (Université Paris-Saclay)
