Dix ans de bataille juridique, politique et diplomatique viennent d’aboutir. Ce mardi, le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé sur ses réseaux sociaux la renégociation réussie du contrat sur le bloc gazier Yakaar-Teranga. Une « victoire majeure » obtenue, selon lui, « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal ».
C’est une promesse de campagne qu’il a tenue, et une affaire qu’il a faite sienne. Ousmane Sonko a qualifié de « victoire majeure » l’accord arraché aux opérateurs Kosmos Energy et à la société nationale Petrosen, concernant le super-gisement de gaz naturel Yakaar-Teranga, situé au large des côtes sénégalaises.
Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, le Premier ministre a insisté sur un point crucial : cet accord a été conclu « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal ». Une formule qui résume à elle seule une décennie de bras de fer et la concrétisation d’un engagement politique ferme pris par lui-même et ses alliés face à ce qu’ils considéraient comme un « hold-up » sur les ressources nationales.
Pour Ousmane Sonko, cette reprise est plus qu’une formalité administrative : elle est profondément personnelle. Le bloc Yakaar-Teranga, qualifié par ses soins de « plus prometteur de notre bassin sédimentaire à ce jour », était devenu un symbole de la mauvaise gouvernance de l’ère Macky Sall.
« Ce bloc avait été attribué à l’homme d’affaires Frank Timis dans des conditions pour le moins opaques sous le régime du Président Macky Sall », a rappelé le Premier ministre. Une épine dans le pied du Sénégal, dénoncée depuis des années par l’opposition et la société civile, qui voyait dans cet accord déséquilibré une braderie des intérêts nationaux. Aujourd’hui, Sonko affirme avoir retiré cette épine.
Si les détails techniques du nouvel accord restent à être dévoilés, la déclaration du Premier ministre met fin à des mois de rumeurs et de tensions avec les opérateurs. En arrachants cette renégociation « sans contrepartie financière », le gouvernement sénégalais affirme sa volonté de revoir intégralement la gouvernance de ses ressources extractives.
Cette annonce marque un tournant majeur dans la politique énergétique du Sénégal, envoyant un signal fort aux partenaires internationaux : désormais, les ressources naturelles du pays se négocieront à armes égales, et non plus dans l’opacité.
Au-delà de la satisfaction politique, cette victoire soulève des questions pratiques. Yakaar-Teranga est considéré comme l’un des plus grands gisements de gaz naturel découverts ces dernières années en Afrique de l’Ouest. Son exploitation est cruciale pour le futur mix énergétique et les finances du Sénégal. En reprenant la main, le gouvernement d’Ousmane Sonko espère non seulement améliorer les retombées financières, mais aussi garantir un contrôle accru sur les délais et les conditions d’exploitation.
Pour Frank Timis et Kosmos Energy, cette renégociation sous contrainte politique représente un revers. Pour Ousmane Sonko, c’est la preuve que le « combat contre le système » peut aussi se gagner dans les salles de réunion. La balle est désormais dans le camp des techniciens pour transformer cette victoire politique en retombées concrètes pour les Sénégalais.
Yankhouba Thiam
