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Depuis l’adoption de la loi sur la parité en 2010 sous la présidence d’Abdoulaye Wade, le Sénégal s’est illustré comme un pionnier en matière d’inclusion des femmes dans les sphères politiques. Cette avancée, saluée tant sur le plan national qu’international, marque une étape importante pour une société aspirant à une démocratie plus représentative et inclusive. Cependant, cette parité, bien qu’essentielle, soulève des interrogations quant à sa mise en œuvre et ses implications sur la gouvernance.

Une parité légale mais controversée
La loi sur la parité exige que les hommes et les femmes soient représentés à parts égales dans toutes les institutions électives ou semi-électives. Cette mesure a permis une augmentation significative du nombre de femmes dans les instances de décision, notamment à l’Assemblée nationale, où les femmes représentent environ 43 % des députés. Dans les conseils municipaux, les femmes occupent également une part croissante des postes de maire.

Cependant, ce mécanisme, bien qu’équitable sur le papier, est critiqué par certains pour son manque de rigueur dans l’évaluation des compétences des personnes nommées ou élues. Dans certains cas, des femmes se retrouvent à des postes importants non pas pour leurs qualifications, mais en raison de leur position politique ou de leurs liens avec des figures influentes. Cela peut entraîner une perception négative de la parité, alimentant l’idée que certaines nominations sont davantage symboliques que méritées.

Des défis persistants
L’une des critiques majeures de la parité telle qu’elle est pratiquée au Sénégal concerne le déficit de compétence de certains élus, hommes ou femmes. La loi sur la parité ne prend pas en compte les qualifications, ce qui peut parfois nuire à l’efficacité des institutions. Des exemples de députés ou de maires jugés incompétents par leurs électeurs sont souvent cités pour remettre en question le bien-fondé de cette politique.

Par ailleurs, le système électoral qui favorise les alliances politiques au détriment du mérite individuel peut marginaliser des candidates compétentes au profit de figures politiques moins expérimentées mais bien connectées. Cela montre que la parité, bien qu’importante, ne garantit pas nécessairement une amélioration de la qualité des gouvernances locales et nationales.

Vers une parité mieux équilibrée
Pour relever ces défis, il est crucial que la parité repose sur deux piliers : l’équité de genre et l’exigence de compétence. Voici quelques recommandations pour une meilleure mise en œuvre :

Renforcer la formation des femmes en politique : Mettre en place des programmes de formation pour préparer les femmes à assumer des responsabilités politiques et administratives.
Évaluer les candidatures sur des critères de compétence : Garantir que les candidats, hommes et femmes, disposent des qualifications et de l’expérience nécessaires pour les postes qu’ils briguent.
Encourager l’émergence de leaders féminins : Créer des mécanismes pour identifier et promouvoir les femmes compétentes et ambitieuses à tous les niveaux de la société.

La parité est un levier essentiel pour promouvoir l’égalité des sexes et renforcer la démocratie au Sénégal. Cependant, son succès dépend de sa mise en œuvre. Si la parité doit rester une priorité, il est tout aussi important de veiller à ce qu’elle soit accompagnée d’une exigence de compétence et d’efficacité. Une démocratie forte repose sur des institutions solides, où les hommes et les femmes contribuent de manière équitable et compétente au développement du pays. La nouvelle législature, en prenant en compte les critiques et en ajustant la loi sur la parité, pourrait poser les bases d’une société encore plus juste et performante.

Yankhouba Thiam