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Depuis sa ferme équato-guinéenne où il vit en exil depuis janvier 2017, Yahya Jammeh a-t-il suivi les débats et les audiences de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) en Gambie ? Si tel est le cas, il n’a pu ignorer la menace grandissante de la justice internationale. L’ancien président gambien, chassé du pouvoir après 22 ans de règne autoritaire, n’a jamais remis les pieds dans son pays natal, mais les échos des témoignages accablants portés contre lui semblent l’avoir rattrapé.

Le dimanche 15 décembre, une avancée majeure a été réalisée dans le long processus qui pourrait le conduire un jour devant la justice. Réunis à Abuja, les dirigeants de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont approuvé la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis en Gambie sous le régime de Jammeh. Cette décision, prise lors de la 66ᵉ session ordinaire de l’organisation, marque un tournant historique dans la quête de justice pour les victimes.

Une juridiction inédite soutenue par la CEDEAO
L’avocat Salieu Taal, ancien président du barreau gambien et figure de proue du mouvement citoyen « Gambia Has Decided », salue cette initiative comme « une décision historique et sans précédent ». Selon lui, c’est la première fois que la CEDEAO appuie officiellement la mise en place d’une juridiction hybride. Celle-ci sera gambienne dans son essence, mais bénéficiera d’un soutien international pour garantir son impartialité et son efficacité.

Cette cour spéciale est le fruit des recommandations formulées par la TRRC, qui a méthodiquement documenté les violations graves des droits humains commises durant le règne de Yahya Jammeh. Assassinats politiques, tortures, viols, disparitions forcées : le rapport de la commission, publié en 2021, a établi des faits accablants et formulé des recommandations claires pour que justice soit rendue.

Défis et perspectives pour la mise en œuvre
La mise en place de ce tribunal spécial nécessitera des arrangements institutionnels complexes et un soutien financier des partenaires internationaux de la Gambie. Un cadre légal a déjà été adopté par le parlement gambien, jetant les bases de cette juridiction hybride. Désormais, avec l’aval de la CEDEAO, les prochaines étapes consisteront à structurer le tribunal, recruter ses membres, et garantir les ressources nécessaires à son fonctionnement.

Ce développement est porteur d’espoir pour les victimes et leurs familles, qui attendent depuis des décennies que la vérité éclate et que les responsables soient traduits en justice. Il représente également un signal fort pour l’ensemble du continent africain : l’impunité ne peut plus être tolérée, même pour les anciens chefs d’État.

L’exil de Yahya Jammeh : une fuite sans échappatoire ?
Pour Yahya Jammeh, l’horizon s’assombrit. À Malabo, où il vit sous la protection du président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, il est désormais confronté à la perspective réelle d’un procès. Si l’ancien dictateur a jusqu’ici échappé à la justice, les nouvelles dynamiques régionales et internationales pourraient changer la donne. La pression monte, et son exil pourrait ne plus suffire à le protéger de ses responsabilités.

L’histoire retiendra que la Gambie, petit pays ouest-africain, a osé affronter son passé pour se réconcilier avec son avenir. Et que la justice, bien que lente, peut triompher de la peur et de l’oubli.

Yankhouba Thiam