Les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont formellement rejeté le délai de six mois imposé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour leur retrait de cette institution. Cette position ferme a été exprimée dans un communiqué conjoint émis par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les trois membres de l’AES.
La radio Studio Tamani rapporte que ces trois pays ont dénoncé la décision prise lors du dernier sommet de la CEDEAO, qualifiée de « unilatérale ». Ils considèrent que cette initiative constitue une tentative de prolonger leur présence au sein d’une organisation qu’ils ont choisi de quitter pour des raisons de souveraineté et de divergence de vision. « Cette mesure reflète une volonté manifeste de déstabilisation orchestrée par la France, avec le soutien de certains dirigeants de la sous-région », peut-on lire dans le document.
Un Contexte de Tensions Croissantes
Depuis les changements politiques survenus au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les relations entre ces États et la CEDEAO se sont progressivement détériorées. Ces pays reprochent à l’organisation régionale de s’aligner sur des intérêts étrangers, notamment ceux de la France, qu’ils accusent de poursuivre une politique néocoloniale dans la région.
La création de l’AES en 2023 symbolise leur désir de renforcer leur coopération sur des bases qu’ils jugent être plus équitables et respectueuses de leur souveraineté. En s’appuyant sur des valeurs partagées telles que l’autodétermination et une politique de sécurité commune, ces trois pays entendent redéfinir les dynamiques régionales.
Les Accusations de Déstabilisation
Le communiqué des États de l’AES souligne que l’imposition du délai de six mois constitue une tentative d’intervention indirecte dans leurs affaires internes. Ils pointent du doigt la France, qu’ils accusent d’utiliser des relais au sein de la CEDEAO pour maintenir son influence dans le Sahel. Ces accusations, bien que récurrentes dans les discours des autorités de l’AES, traduisent un climat de méfiance exacerbé envers les anciens partenaires occidentaux.
La Position de la CEDEAO
De son côté, la CEDEAO justifie sa décision par la nécessité de garantir une transition harmonieuse et de prévenir une déstabilisation supplémentaire dans la région. L’organisation insiste sur le respect des engagements pris par ses membres et la stabilité sous-régionale comme priorités. Cependant, cette position est perçue par l’AES comme une ingérence à peine voilée dans leur souveraineté.
Quelles Perspectives ?
Ce bras de fer entre l’AES et la CEDEAO reflète des tensions profondes au sein de la région, où des visions divergentes sur la gouvernance, la coopération internationale et la gestion des crises sécuritaires émergent. Les trois pays de l’AES semblent déterminés à réaffirmer leur autonomie face à une organisation qu’ils jugent déconnectée de leurs réalités.
Reste à voir si la CEDEAO et ses partenaires sauront trouver un terrain d’entente avec l’AES pour prévenir une escalade des tensions dans une région déjà fragilisée par les conflits et les crises humanitaires.
Yankhouba Thiam
