Grève à l’hôpital Dalal Jamm : entre revendications salariales et soupçons de chantage corporatiste
La section SAMES (Syndicat autonome des médecins du Sénégal) de l’hôpital Dalal Jamm a, une fois de plus, décrété une grève de 48 heures. Officiellement, le mouvement vise à mettre la pression sur la direction et le Conseil d’administration, seule instance habilitée à valider certaines revendications portant sur l’augmentation des primes et indemnités. Toutefois, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une grève aux motivations essentiellement financières, déconnectées des véritables priorités hospitalières.
Au cœur des revendications figurent notamment la revalorisation des indemnités d’astreinte — déjà augmentées en 2022 — et des primes dites de « non chef de service », une demande surprenante, voire absurde selon certains observateurs. En effet, accorder une indemnité à un agent simplement parce qu’il n’est pas chef de service pose un précédent dangereux. Certains grévistes iraient jusqu’à proposer un morcellement des services médico-techniques en divisions, dans l’unique but de multiplier les postes indemnisés.
Cette logique a été vivement critiquée par un groupe d’infirmiers rencontrés sur les lieux. Ces derniers déplorent l’attitude du corps médical qu’ils accusent de ne se soucier que de leurs propres intérêts financiers. « Si on accorde une prime de non-chef de service aux médecins, pourquoi pas une indemnité de non-surveillant pour nous autres ? », ironise l’un d’eux. Ils appellent la direction à rester ferme pour éviter une dérive généralisée.
Un agent, sous anonymat, soutient également que les revendications du SAMES sont excessives. Selon lui, la direction de l’hôpital s’emploie déjà à traiter des problèmes plus inclusifs et urgents tels que la révision de la typologie des contrats ou le fonctionnement du service d’accueil des urgences (SAU). Il reconnaît toutefois l’existence de lenteurs administratives, dues principalement au respect des procédures liées au code des marchés publics.
La direction de l’hôpital, quant à elle, maintient une position d’ouverture et de dialogue. Elle aurait déjà organisé deux rencontres de négociation avec le SAMES et soumis les revendications au Conseil d’administration. Ce dernier, dans un souci d’objectivité, a demandé des clarifications sur certains points soulevés et proposé d’impliquer la commission médicale — instance représentative du corps médical — dans la recherche de solutions.
Malgré ces efforts, le SAMES a préféré reconduire la grève pour 48 heures, sans fournir les explications sollicitées. Une posture jugée irresponsable par plusieurs acteurs internes, d’autant plus qu’elle met en danger la continuité des soins aux patients. Beaucoup s’interrogent alors sur les véritables motivations de ce mouvement qui semble s’éloigner des principes de l’éthique médicale.
Des accusations de chantage commencent même à émerger. Le ministre de la Fonction publique aurait d’ailleurs évoqué le terme dans une déclaration récente, une opinion partagée par plusieurs membres du personnel à Dalal Jamm, au regard de la chronologie des faits. L’attitude du syndicat interroge, d’autant que les canaux du dialogue social restent ouverts.
En conclusion, si le droit de revendiquer est légitime, il ne saurait primer sur le devoir de soigner, d’assister et de respecter la dignité des patients. Les acteurs hospitaliers, quelles que soient leurs fonctions, doivent recentrer leurs priorités sur l’essentiel : la santé et le bien-être des usagers. Le professionnalisme ne saurait être sacrifié sur l’autel des intérêts personnels ou corporatistes.
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