Religion

Hommage à Seydina Alioune Ndiaye « Sans mots certes, mais 100 maux pour SAN »

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Je lui ai textuellement écrit ‘’ Quand on entend les informations à la radio sur les morts accidentels, l’on pense souvent que ça concerne les autres, mais pas nous’’. Il me rétorque avec un message prémonitoire aux allures d’un adieu codé ‘’Oui jusqu’à ce que ça nous arrive’’. Une dizaine de secondes s’est écoulée avant que le dernier message ne s’affiche sur l’écran de mon téléphone. Il est court mais plein de sens : Hélas. J’étais très loin d’imaginer que c’était un au revoir. Que dis-je ? Un adieu. 

Hélas, je suis le prochain sur la liste des morts accidentels, voulait-il me dire ?

Hélas, c’est le dernier message que je t’envoie ? 

Hélas nous sommes tous en sursis ?

Une multitude de questionnements se bouscule dans ma tête. Et dans celle de toutes les personnes qui ont eu la chance de le connaitre ou de le fréquenter.

Hélas, Hélas et encore Hélas. Ce mot, ce fameux dernier message sonne comme un refrain en guise d’avertissement pour les mortels que nous sommes. 

Le message de SAN sonne encore comme un requiem, un hymne à la mort.  ’’La vraie vie c’est après la mort’’, aimait-il à répéter ce dicton platonicien quand nos nombreux échanges virés parfois dans le terrain philosophique.

Alioune était un croyant, un vrai moumine, un fervent musulman né et grandi dans une atmosphère familiale dont l’évocation des noms de la fratrie qui la compose prouve à suffisance l’exemplarité de ses actions et pratiques musulmanes. Petit frère de Seydina Mohammad, de Seydina Babacar, de Seydina Oumar et grand frère de Seydina Ousmane, sans oublier ses sœurs Fatima, Fatoumata Bintou, Mame Diarra, bref une consonance nominale qui rappelle à bien des égards la famille prophétique. 

Oui cette famille Mohammadienne qui a été décimée un jour de Hachoura à Karballah.  C’est dans ce contexte d’anniversaire tragique marquant le nouvel an musulman 1441 que le jeune Seydina Aliou, symbole de courage et d’amour prophétique est parti à jamais répondre à l’appel de l’ange de la mort, celui-là même qui avait frappé, à l’aube d’une année musulmane naissante, le cœur de la famille de son homonyme et quatrième khalife de l’Islam. Une coïncidence certes, mais surtout un amour affirmé et assumé au Grand Messager d’Allah (PSL).

Seydina Aliou est aussi réputé pour le profond respect et amour qu’il portait à son père Cheikhou, mais surtout à sa maman Adjaratou  Sayda Aicha fraichement rentrée des Lieux Saints de l’Islam. Une voix silencieuse me questionne en des termes si édifiants : Est-ce que Seydina Aliou n’a pas été emporté par une overdose de sainteté qui parfume encore les habits mecquois de sa maman pèlerine ? Je ne connais pas la réponse. Mais sans doute, elle pourrait se conjuguer ou se révéler à l’affirmative. 

Tu es parti en laissant derrière toi toute une famille sous le choc. Tes amis Babacar Prince Ndiaye, Moukhtar Ndiaye (Canada), Momath Yama, Abdoul Wahab, Abdallah Mbaye Fatou, Babacaar Ndiaye (Egypte) et tant d’autres que je ne pourrais lister, seront orphelins. Et le vide que constituera ton absence, prendra une éternité avant de se remplir. 

Si le célèbre sage guinéen Amadou Ampaté Bâ t’avait connu, il changerait, l’instant d’une circonstance tragique, sa fameuse formule en lui inoculant une petite dose juvénile pour dire qu’en Afrique ‘’Un jeune qui meurt est aussi une bibliothèque qui brûle’’. Oui. En s’attaquant à Seydina Aliou, la faucheuse, cet ouragan meurtrier et invisible sur les routes sénégalaises, a emporté aussi une grosse bibliothèque avec un répertoire d’auteurs aux idées denses et constructives. 

Un jour de juin 2017. Il m’a appelé pour me dire ‘’Je veux passer un nouveau cap dans ma grille de lecture. Quels conseils pourrais-tu me donner sur des auteurs occidentaux honnêtes ?’’. Je lui répondis ‘’Contente toi de la devise d’Emile Zola, l’auteur du célèbre Germinal qui avait comme leitmotiv ‘’Pas un jour sans une ligne’’. Quelques instants après notre relation téléphonique, je vis son post sur un réseau social. Et il a été plus gourmand intellectuellement que Zola. ‘Vers un nouveau cap. Pas un jour sans un livre. Merci MTN’’, avait-il posté. 

Il s’était déguisé en un vrai rat de bibliothèque, lisant tout ce qui lui tombe sous la main. L’inculture et l’ignorance étaient ses pires ennemis. Il se voyait comme un perpétuel apprenant. Il voyageait entre les lignes nutritives et digestes des écrivains dans l’espoir de satisfaire sa grande soif de quête de savoirs. 

Rares sont le élèves et étudiants sénégalais qui s’aventurent dans les bouquins en Anglais. Titulaire d’un baccalauréat scientifique et ingénieur en Télécom, Seydina Alioune se voguait avec une aisance détonante entre les mondes de Molière et de Shakespeare sans se perdre dans le labyrinthe du verbiage anglo-saxon. 

Je lui avais conseillais alors de lire la Déconstruction de Jacques Dérida, Indignez-vous de Stéphane Essel, de relire encore Jean Jacques Rousseau, Edgar Morin et Jacques Attali. Ensuite nos échanges prirent une autre tournure.

 Ses interventions documentées, argumentées, structurées et matures furent un délice pour moi. Son niveau intellectuel me surprend jour après jour. Un soir mon fidèle ami Babacar Niang m’a appelé pour s‘étonner, un brin heureux, du bon niveau d’intervention du jeune Seydina Alioune sur les réseaux sociaux. 

 Personne ne peut dire avec exactitude le nombre d’amis virtuels qu’il glanait sur les réseaux sociaux. Des hommes et femmes pour qui il n’a jamais vu le vissage l’adulaient pour ses qualités humaines hors pairs et se délectaient de sa plume si savoureuse.

Visage jovial, démarche lente, discours pointu et modéré, Seydina était plein d’énergies et d’initiatives. Il bouillonnait d’activités constructives et de fortes convictions. Il inspirait à la fois respect et espoir. Il incarnait des valeurs de courage, de piété, de soif spirituelle, de tact et de maturité dans les analyses des enjeux et problématiques du moment qui trahissent son jeune âge.

  

Dans ce débat ambiant sur l’interdiction du port de voile dans un établissement catholique, SAN comme l’appelaient affectueusement certains de ses locuteurs intellectuels, se serait étonné avec forts arguments, sur comment le règlement intérieur d’une structure privée peut-il prétendre prendre le dessus sur notre Loi fondamentale qui n’interdit pas les signes religieux dans l’espace scolaire et universitaire sénégalais ?

Tout comme il se serait indigné, comme l’avait fait Essel, face à ces vagues xénophobes et meurtrières qui prennent d’assaut les townships de Johannesburg en Afrique du Sud. Avec une plume bien trempée dans la dose Mandélaesque, Seydina aurait dit à ces jeunes sud-africains de s’inspirer de l’esprit de pardon et de l’arme de la non-violence, recettes avec lesquelles Madiba a pu rallumer la flamme de l’espoir.

Ce jeune homme bercé dans les vicissitudes de la vie en banlieue et bien imprégné des réalités rurales et traditionnelles de son Saloum originel, est parti, célibataire de son état. Sans enfants certes. 

Mais il nous a légués un héritage impérissable. Il a merveilleusement rempli sa mission terrestre. Ses excellentes qualités humaines doublées d’une envergure intellectuelle d’une grosse épaisseur doivent demeurer à jamais une source d’inspiration pour la jeunesse sénégalaise et africaine.

‘’En matière d’ambitions, il faut toujours viser la lune. Quand on la rate, on tombe sur les étoiles’’. Il aimait répéter cette pensée d’un auteur contemporain.  ‘’Seydina Alioune est parti, une tonne de projets de développement avec lui dans sa tombe’’, me souffle son ami et frère Moukhtar Ndiaye le jour même de son enterrement.

Que les espoirs d’une vie paradisiaque enviable placés en lui, ne soient pas déchus. Que ses jeûnes fréquents, ses prières régulières, les litanies coraniques et prophétiques qu’il se délectait, son altruisme débordant pèsent lourds sur la balance de ses bonnes actions. Que la terre de Ndiayène Ngorko, village des dignes fils du Signi, te soit légère. Amine bi Barakati Cheikh Ibrahima Niass, sa première référence spirituelle. Adieu Patriote.

Ton parent et ami de toujours Mohamed Tidiane NDIAYE, Journaliste.

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