Ces derniers temps, les médias sénégalais sont le théâtre d’un discours inquiétant : la normalisation de ce qui s’apparente à de la trahison politique. Des personnalités influentes tentent de réécrire l’histoire et de pousser le président Bassirou Diomaye Faye à dévier de la voie promise, abandonnant ainsi le projet patriotique tant attendu par des millions de Sénégalais.
Après chaque alternance politique, une force centrifuge semble opérer, cherchant à diluer les promesses de campagne dans les réalités pragmatiques du pouvoir. Aujourd’hui, certains conseillers et acteurs politiques voudraient faire croire que la « trahison » des engagements électoraux serait une étape normale, inévitable, dans la gouvernance d’un État. Ce discours dangereus minimise la gravité de l’abandon des principes fondateurs qui ont porté un leader au pouvoir.
Le président Faye a été élu sur la base d’un programme clair, porteur d’espoirs de transformation profonde. Son élection incarnait le rejet d’un système et l’aspiration à une nouvelle forme de gouvernance, plus transparente, plus souveraine et plus juste. Aujourd’hui, le défi n’est pas seulement de gouverner, mais de résister aux sirènes qui voudraient ramener le Sénégal vers les pratiques du passé sous prétexte de « réalisme politique ».
On assiste à une tentative de reconstruction narrative où les compromis seraient présentés comme des « évolutions nécessaires », où les revirements seraient qualifiés de « pragmatisme éclairé ». Cette narration cherche à préparer l’opinion publique à accepter ce qui serait, en réalité, un abandon des engagements fondamentaux.
Le président Diomaye se trouve à un carrefour historique. D’un côté, les pressions institutionnelles, économiques et diplomatiques qui poussent à la modération des réformes ; de l’autre, les attentes immenses d’un peuple qui a cru en la promesse de rupture. Sa légitimité dépendra de sa capacité à naviguer entre ces exigences sans sacrifier l’essence du projet pour lequel il a été élu.
Face à cette normalisation de la trahison politique, la vigilance citoyenne reste le meilleur rempart. Les Sénégalais doivent continuer à rappeler les engagements pris, à questionner les orientations et à exiger des comptes. La démocratie ne se limite pas au geste électoral ; elle exige un contrôle continu des mandants sur leurs mandataires.
L’histoire jugera cette période non pas sur les discours d’accommodement, mais sur la fidélité aux principes qui ont porté le changement. Le Sénégal mérite que ses dirigeants résistent à la tentation du reniement et honorent la confiance placée en eux.
Yankhouba Thiam
