Lors d’une visite officielle de 48 heures au Burkina Faso, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a marqué les esprits par un discours puissant, appelant à l’union des forces panafricaines et souverainistes pour « la libération véritable de l’Afrique ». Cet entretien exclusif accordé à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) le 19 mai 2025 s’inscrit dans une dynamique de rapprochement régional, où la quête de souveraineté face aux influences extérieures devient un combat commun.
Un appel historique à l’unité panafricaine
Ousmane Sonko a insisté sur l’urgence de dépasser les divisions historiques : « Nous avons été trop longtemps divisés, souvent sur des détails. L’heure est venue de fédérer nos énergies pour la libération de l’Afrique » .Revisitant les luttes d’indépendance des années 1960, il a déploré leur « incomplétude », critiquant les dirigeants africains qui perpétuent une soumission aux « diktats extérieurs » .Son message, porté depuis Ouagadougou – symbole d’un panafricanisme radical sous la junte du capitaine Traoré –, vise à redéfinir les rapports de force continentaux .
Une convergence Dakar-Ouagadougou sur la souveraineté
La visite a souligné l’alignement des visions entre le Sénégal et le Burkina Faso, notamment sur :
La gouvernance : Renforcement des coopérations sud-sud et rejet des ingérences étrangères.
L’indépendance économique : Sonko a salué les accords bilatéraux existants (une vingtaine) et évoqué de nouveaux projets .
La sécurité régionale : Le Premier ministre a exprimé un « soutien absolu » au Burkina dans sa lutte contre le terrorisme, avertissant que cette menace dépasse les frontières actuelles .
Thomas Sankara, figure tutélaire du discours
Le déplacement coïncidait avec l’inauguration du mausolée de Thomas Sankara, décrit par Sonko comme « un leader qui illumine les combats patriotiques et panafricanistes .Ce choix symbolique renforce la filiation revendiquée avec les figures historiques de l’émancipation africaine, bien que certains détracteurs y voient un geste populiste .
Réactions et perspectives
Si l’appel de Sonko a été salué par les partisans d’un panafricanisme militant, il a aussi suscité des critiques. Certains observateurs dénoncent un discours « théorique », lui reprochant de négliger les défis concrets (comme l’intelligence artificielle) au profit de rhétoriques passéistes .Néanmoins, cette visite scelle un rapprochement tangible entre le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye et les régimes souverainistes d’Afrique de l’Ouest, ouvrant la voie à une collaboration accrue face aux enjeux sécuritaires et économiques .
En plaçant l’unité africaine au cœur de son action diplomatique, Ousmane Sonko réactive un idéal panafricain qui, au-delà des mots, cherche à s’incarner dans des alliances concrètes. Reste à voir si cette vision saura transcender les clivages pour inspirer une nouvelle génération de dirigeants.
Yankhouba Thiam
