Dans une démarche de transparence et de rigueur gestionnaire, le Directeur général de la Société de Gestion du Patrimoine Bâti de l’État (SOGEPA), Elimane Pouye, a présenté le bilan de l’audit général du patrimoine étatique. Les révélations font état de graves irrégularités contractuelles, mais aussi de victoires notables dans la récupération de biens et de créances, totalisant plusieurs dizaines de milliards de FCFA.
La SOGEPA a mis à nu les failles d’un système. Longtemps considéré comme un « éléphant blanc » administratif, le patrimoine bâti de l’État sénégalais fait l’objet d’un vaste chantier d’assainissement. À la tête de cet inventaire, le Directeur général de la SOGEPA, Elimane Pouye, a levé le voile sur les résultats d’un audit approfondi, révélant des pratiques contractuelles préjudiciables aux intérêts de l’État.
L’exercice visait initialement à recenser les biens de l’État et à optimiser leur exploitation. Il a surtout mis en lumière la mauvaise gestion de certains baux emphytéotiques. Ces contrats, censés permettre à des privés de réhabiliter des bâtiments vétustes en échange d’une exploitation temporaire, se sont souvent transformés en « cadeaux fiscaux » déguisés.
« L’État dispose d’un patrimoine considérable, mais souvent en état de vétusté avancé, ce qui bloque sa valorisation. Le principe du partenariat était simple : le privé réhabilite, et l’État récupère un tiers de la valeur ajoutée », a rappelé M. Pouye. Cependant, la réalité des 19 contrats passés en revue est tout autre. « Nombre d’entre eux ne comportaient aucune contrepartie tangible. L’État cédait le foncier et les constructions sans aucun retour effectif », a-t-il déploré.
Face à ce constat alarmant, la SOGEPA a engagé un bras de fer juridique et commercial avec les partenaires défaillants. Ce travail de longue haleine a abouti à la renégociation de huit contrats, avec l’accord de toutes les parties prenantes. Cette opération « sauvetage » a permis à l’État de sécuriser près de 25 milliards de FCFA en contreparties directes. Par ailleurs, deux projets sont aujourd’hui en phase terminale, preuve que le dialogue et la fermeté peuvent aboutir à des issues positives.
Parallèlement à la renégociation des contrats, un travail de fourmi a été mené pour identifier et récupérer des immeubles cédés dans des conditions jugées opaques. Au total, une vingtaine de biens, foncier et constructions compris, ont été réintégrés dans le giron étatique. La valeur globale de ce patrimoine récupéré est estimée à plus de 50 milliards de FCFA.
Selon le Directeur général, ces attributions litigieuses souffraient toutes du même vice : elles avaient été accordées à des particuliers ou des sociétés ne disposant ni des capacités techniques, ni des ressources financières nécessaires à la réhabilitation et à la mise en valeur des biens. Cette récupération massive marque un tournant dans la politique de gestion du domaine national.
Au-delà de la récupération, la SOGEPA s’attaque désormais à un poste de dépense colossal : les locations immobilières de l’État. Chaque année, l’administration consacre près de 16 milliards de FCFA à l’hébergement de ses services administratifs et au logement de son personnel.
Un vaste programme de renégociation des baux locatifs a été initié. L’objectif est double : rationaliser les surfaces occupées et faire baisser les loyers pour alléger les charges publiques. En internalisant certaines occupations grâce aux biens récupérés, l’État espère réaliser des économies substantielles dans les mois à venir.
Ce rapport d’étape, présenté par Elimane Pouye, dessine les contours d’un État qui entend désormais gérer son patrimoine avec les règles du privé : rigueur, transparence et rentabilité.
La SOGEPA est la structure publique chargée de la gestion, de la valorisation et de l’entretien du patrimoine bâti de l’État du Sénégal.
Yankhouba Thiam
